Scène de marché animé à Nairobi au coucher du soleil, illustrant le quotidien économique.

Kenya : les banques enregistrent des profits records malgré le stress des ménages

Les dernières enquêtes sur l’accès aux services financiers au Kenya montrent une diversification des solutions utilisées par les citoyens, avec une montée en puissance des dispositifs numériques comme le « buy now pay later ». Ces chiffres coïncident avec une période où les grandes banques affichent des bilans en pleine santé, même si les ménages s’endettent davantage.

Selon le rapport FinAccess Household Survey de 2024, mené par FSD Kenya en partenariat avec la Banque Centrale du Kenya, les Kényans accèdent à un éventail de services variés. Le progrès en matière d’équité est notable, le fossé entre les sexes se réduisant à moins de 2 %. Toutefois, l’analyse révèle que des disparités importantes persistent entre les différentes régions du pays, et l’exclusion des jeunes ruraux demeure une préoccupation.

Ce tableau social contraste avec la performance des institutions financières. TechCabal rapporte, après avoir examiné cinq années de rapports audités, que les plus grands établissements bancaires kényans semblent isolés des aléas économiques de leurs emprunteurs. Aucun des banques de premier rang n’a enregistré de perte nette annuelle sur cette période.

Vue de dessus de reçus de paiement numérique et d'écrans de téléphones, symbolisant les micro-crédits.

Les bénéfices avant impôts des plus grands prêteurs ont augmenté de 18,6 % en 2023 pour atteindre 260,09 milliards de shillings kényans en 2024, avant de grimper à 305,95 milliards pour 2025. NCBA Group illustre cette tendance : son bénéfice après impôt a progressé de 409 % entre 2020 et 2025, atteignant 23,4 milliards de shillings kényans.

Les freins au crédit traditionnel

Si les profits sont en hausse, cela ne signifie pas que le crédit est facile d’accès pour tous. Les banques montrent en effet plus de prudence. Un document de l’Association des Banquiers du Kenya, basé sur l’Enquête sur les Entreprises de la Banque Mondiale de 2018, indique que près des trois quarts des petites entreprises qui pourraient avoir besoin de financement n’osent pas solliciter un prêt. Les raisons invoquées sont souvent le risque de rejet, l’incapacité à fournir des garanties ou le coût jugé trop élevé.

Ce blocage est accentué par le risque de prêts non performants. Le ratio des prêts non remboursés a atteint 16,4 % fin décembre 2024, selon l’Association. Face à une prédictibilité moindre des remboursements, les prêteurs resserrent donc leurs critères d’octroi.

L’essor des facilités de paiement décentralisées

Face à cette réticence bancaire envers les PME sans comptes formels ou flux de trésorerie constants, les acteurs du paiement mobile ont trouvé une niche. Safaricom utilise son service d’avance de fonds, Fuliza, en partenariat avec des banques comme NCBA et KCB. Sur une période de six mois se terminant en septembre 2026, Fuliza a généré 4,9 milliards de shillings kényans en revenus, soit une hausse de 86 % sur un an.

Ce système fonctionne différemment d’un prêt bancaire classique : il est lié aux transactions M-PESA et repose sur des déductions automatiques. Cela permet de gérer des milliers de petites avances via un réseau de paiement existant, offrant aux partenaires bancaires une méthode d’évaluation et de recouvrement du crédit à une échelle difficilement reproductible par les procédures traditionnelles.

D’autres prestataires de crédit numérique (DCPs) ont vu leur activité croître. Sur les six mois menant à juin 2026, ces entités ont accordé 43,7 milliards de shillings kényans. Kenya compte désormais 281 prêteurs numériques agréés, servant 8,9 millions de clients. Les rapports FinAccess confirment cette tension : 16,6 % des ménages kényans signalent une détresse financière, une hausse par rapport aux 10,3 % observés en 2021. Il reste à voir comment les régulateurs vont faire converger la stabilité des grandes banques avec la réalité de l’endettement des plus vulnérables.

Sources