Artemis 2 : le lancement perturbe le GPS par des changements ionosphériques
Le lancement de la mission Artemis 2 a provoqué des altérations majeures dans l’ionosphère terrestre, cette couche électriquement chargée de notre atmosphère. Ces bouleversements ont été si intenses qu’ils ont affecté la précision des systèmes de Global Positioning System (GPS), selon une étude menée par des chercheurs de l’Université Nationale Cheng Kung à Taïwan.
Ce relevé, publié le 4 novembre, a identifié deux grandes régions de perturbation atmosphérique. Ces structures se sont étendues sur environ cinq mille kilomètres, traversant l’Amérique de l’est à l’ouest. Les scientifiques ont analysé les données issues de réseaux de récepteurs GPS terrestres de haute précision, outils habituellement utilisés par des institutions américaines pour suivre les mouvements des plaques tectoniques ou étudier les tremblements de terre.
La clé de l’observation réside dans le temps que mettent les signaux satellites pour atteindre les stations au sol. En étudiant ces délais, les chercheurs ont pu cartographier les variations de la concentration d’électrons dans l’ionosphère pendant le passage du lanceur Space Launch System (SLS). Le résultat est frappant : les perturbations causées par Artemis 2 sont plus fortes que celles observées lors d’autres lancements. L’étude indique qu’elles ont atteint jusqu’à dix fois l’intensité enregistrée après les vols de test de Starship, de SpaceX.

Comment le lanceur crée-t-il ces « trous » atmosphériques
L’ionosphère, qui commence à environ cinquante kilomètres d’altitude et s’étend sur des centaines de kilomètres, est composée de particules chargées, dont des électrons libres et des ions. Ces particules influencent la manière dont les ondes radio traversent la zone, y compris les signaux de navigation par satellite.
Quand un engin spatial traverse l’atmosphère à vitesse supersonique, il génère des ondes de choc qui modifient la répartition de ces particules. Cela crée une sorte de « trou » temporaire dans l’ionosphère, caractérisé par une baisse de la concentration d’électrons dans certaines zones. Pour Artemis 2, deux de ces structures ont été repérées. La première est liée au passage du corps central du SLS, mesurant environ soixante-cinq mètres de long. La seconde est apparue après les deux allumages des moteurs du étage supérieur, ceux qui propulsent la capsule Orion vers la Lune.
Ces manœuvres du étage supérieur ont eu lieu à environ cent quatre-vingt-cinq kilomètres d’altitude, plus d’une heure après le décollage. Malgré la puissance du corps central, ce sont ces manœuvres qui ont généré les perturbations les plus marquées.
Risques pour les systèmes de guidage automatisés
Ces changements dans l’ionosphère ne sont pas restés cantonnés aux observations scientifiques. Les variations de la densité électronique peuvent provoquer des erreurs de positionnement de plusieurs mètres dans les systèmes GPS. Pour qu’un récepteur calcule sa position, il doit déterminer la distance par rapport à plusieurs satellites. Si les signaux traversent une zone dont la concentration d’électrons est modifiée, le temps de propagation change, ce qui compromet la justesse des mesures.
Charles Lin, professeur de sciences de la Terre à l’Université Nationale Cheng Kung et co-auteur de l’étude, a mis en garde contre ce risque. « Un erreur de positionnement de quelques mètres est suffisante pour faire un voiture autonome changer de voie », a expliqué le chercheur à Space.com. Les drones et autres technologies de navigation automatisée sont également exposés à ces aléas.
Bien que les départs de fusées soient connus pour créer ce type de perturbation, les effets des manœuvres orbitales spécifiques à une mission interplanétaire n’avaient pas été observés de cette manière auparavant. Avec l’augmentation des vols vers la Lune et vers Mars, les chercheurs estiment que ces phénomènes deviendront de plus en plus importants pour le suivi de ce que l’on appelle la météorologie spatiale. Il faudra surveiller comment les normes de sécurité des systèmes critiques vont intégrer cette nouvelle variable atmosphérique.
Sources
- Lançamento da Artemis 2 provocou interferência em sinais de GPS, Olhar Digital, 5 novembre 2026
- Artemis 2: SLS-Rakete der Nasa hat so großes Loch in der Atmosphäre hinterlassen, dass sogar GPS gestört war, t3n, 5 novembre 2026
Crédits photo
- Image en une : Artemis II launch (SLS MAF 20260401 ArtemisIILaunch 02) crop, par https://www.nasa.gov/marshall/, Public domain, via Wikimedia Commons (recadrée)
- Image dans l’article : Artemis II Launch (NHQ202604010307, vertical crop), par NASA HQ PHOTO, Public domain, via Wikimedia Commons (recadrée)



