Ginux, un noyau indépendant construit en 11 jours avec l’IA
Gregory Kurtzer, cofondateur de CentOS et instigateur de Rocky Linux, a dévoilé Ginux, un noyau d’exploitation indépendant. Ce prototype, majoritairement rédigé en Rust, est remarquable car il peut faire tourner des distributions Linux complètes, comme Rocky Linux 10, sans avoir besoin d’un noyau Linux hôte sous-jacent. Le système démarre directement via UEFI, gérant lui-même sa mémoire, son ordonnanceur et son modèle de processus.
Ce qui frappe dans cette réalisation, ce n’est pas seulement la prouesse technique, mais la méthode. Kurtzer affirme avoir conçu ce noyau en onze jours, en s’appuyant massivement sur un agent d’IA. Il nomme cette approche « Human-Directed Agentic Engineering » : il a défini les objectifs et les critères de succès, laissant l’agent IA rédiger le code, le tester et corriger les erreurs en continu. Selon les informations partagées, cette tâche unique sur OpenAI Codex a produit environ 139 000 lignes de code et de tests.
Ginux ne se présente pas comme un simple dérivé de Linux. Il implémente tous ses mécanismes fondamentaux — gestion de la mémoire, VFS, réseau, etc. — à partir de zéro. Sa relation avec Linux est celle d’un « contrat de personnalité » : il présente l’interface ABI de Linux, ce qui permet à des programmes Linux non modifiés de s’exécuter. Cependant, cette compatibilité est partielle. Sur les 375 appels système de l’interface x86-64 de Linux 6.12, Ginux implémente complètement seulement 82, tandis que 245 sont seulement partiellement fonctionnels.

Le modèle d’isolation par domaines
L’isolation des processus se fait via des « domaines » natifs de Ginux. Cette notion dépasse ce que proposent les conteneurs OCI ou les namespaces Linux. Chaque domaine est une unité d’isolation complète : il possède son propre espace d’adressage, ses processus, son système de fichiers, ses ressources et sa politique de cycle de vie. L’OCI sert ici de transporteur pour assembler les systèmes de fichiers initiaux, mais c’est Ginux qui fournit l’exécution et l’isolation.
Ce modèle permet à plusieurs domaines de partager un même noyau Ginux tout en conservant un état interne totalement séparé. Un seul domaine Linux-personnalité peut ressembler à un ordinateur classique, avec systemd en tant que PID 1, exécutant une distribution complète. On distingue clairement le rôle du contrôleur embarqué et celui du noyau. Ce contrôleur, qui fonctionne en mode utilisateur (ring 3) au lieu du mode noyau (ring 0), est chargé de la configuration : il gère les dispositifs, le réseau, le stockage persistant et définit les limites des domaines. Il agit comme un plan de contrôle discret, capable de déléguer ou révoquer l’autorité, mais il ne peut pas créer de nouvelles autorisations au niveau du noyau.
Les limites d’un prototype de recherche
Il faut rester prudent : Ginux est un prototype expérimental. Les sources soulignent que la couverture de l’ABI Linux, le support des périphériques, la validation de la sécurité et la couverture du matériel réel restent incomplets. L’ensemble tourne actuellement au sein d’une machine virtuelle QEMU, ce qui exclut pour l’instant le support du matériel physique, des GPU ou des périphériques NVMe.
Pour mieux comprendre la différence entre ces concepts, voici un tableau comparatif des limites actuelles :
| Caractéristique | OCI Container | Ginux Domain | Linux Natif |
|---|---|---|---|
| Isolation de base | Namespaces/cgroups | Domaine natif Ginux | Noyau hôte |
| Gestion du cycle de vie | Externe (Docker, etc.) | Intégrée au noyau | Système d’exploitation |
| Contrôle d’autorité | Basé sur les permissions | Basé sur des capacités révocables | Système de permissions |
Ce projet illustre l’audace des systèmes automatisés dans la conception logicielle. Parallèlement, le monde Linux n’est pas en marge de cette vague. Récemment, Linus Torvalds a vu des patchs d’optimisation du cache de pages écrits par Claude Code, bien que ces contributions aient nécessité une revue rigoureuse pour corriger des conditions de concurrence.
Sources
- GitHub – gmkurtzer/ginux, github.com
- CentOS co-founder creates a Linux-compatible kernel in just 11 days, with AI doing almost all the coding, TechSpot, 3 novembre 2026
- Softwareentwicklung mit KI: In elf Tagen zum Linux-kompatiblen Kernel-Prototyp, Golem, 3 novembre 2026
Crédits photo
- Image en une : Close-up view of computer components illuminated by blue light in a modern technology workspace, par Shixart1985, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons (recadrée)
- Image dans l’article : Computer hardware with tangled wires and components in a workstation setting during afternoon, par Shixart1985, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons (recadrée)



