Le manque de femmes scientifiques dans les programmes scolaires britanniques
Le constat est frappant : une enquête commandée par Teach First révèle que seulement 49 % des adultes britanniques peuvent nommer une scientifique, qu’elle soit vivante ou décédée. Cette lacune dans la conscience collective est mise en parallèle avec l’omission systématique de femmes dans les programmes scolaires nationaux de GCSE. C’est le point de départ de la campagne « STEMinism » lancée par l’organisme de charité pour cibler les déséquilibres de genre dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques.
L’analyse des spécifications d’examens pour les principales instances éducatives confirme cette carence. D’après Teach First, aucune femme n’est mentionnée dans le programme de sciences de GCSE. En examinant trois spécifications double science, seuls Rosalind Franklin et Mary Leakey apparaissent, contrastant avec plus de quarante scientifiques masculins référencés. Selon la charité, ce manque de figures féminines dans le cursus scolaire prive les jeunes filles de modèles visibles et renforce les biais existants, les dissuadant ainsi de poursuivre en STEM au-delà du niveau GCSE.
Des études plus poussées, menées à l’Université de Cambridge en collaboration avec IncludeHer, approfondissent ce phénomène. Ces chercheurs ont analysé plus de 40 spécifications scientifiques, couvrant les examens de Key Stage Four (GCSE) et Key Stage Five (A-levels), ainsi que les examens écossais. Leurs travaux montrent que, sur les 224 scientifiques référencés dans les spécifications britanniques, les découvertes sont presque exclusivement attribuées à des concepts portés par des hommes, avec seulement trois mentions de femmes. Inge Lehmann ou Marie Tharp, par exemple, sont citées en géologie, un domaine fréquenté par moins de 2 % des élèves en sciences.

Ce phénomène n’est pas isolé au niveau secondaire. Les chiffres des A-levels en 2025, publiés par WISE, montrent que si l’engagement des filles dans les matières STEM augmente globalement, des disparités persistent. On constate que près d’un tiers (31,3 %) des A-levels obtenus par les filles en 2025 sont dans des matières STEM de base. Cependant, dans des matières clés comme la physique, le pourcentage de participantes féminines est de 24,1 %, tandis que près de la moitié (48,9 %) des A-levels en STEM sont suivis par des garçons. Bien que le nombre d’inscriptions en mathématiques soit le plus élevé, le taux de participation féminine y atteint 37,3 %, une légère baisse par rapport à 2023.
Pour corriger ce déséquilibre, les universitaires proposent des ajustements ciblés. L’idée serait d’insérer une scientifique par matière dans les thèmes déjà obligatoires où la femme est absente de la narration. Par exemple, introduire Marie Skłodowska-Curie lors de l’étude de la radioactivité ou Jocelyn Bell Burnell dans le programme d’astronomie. Stephanie Kwolek, inventrice du Kevlar, pourrait être mentionnée en chimie lors de l’étude des polymères.
Au-delà de la question de l’équité, l’enjeu est économique. Teach First souligne que la faible représentation féminine dans les métiers, avec seulement 12 % d’ingénieures et 13 % de femmes aux postes de direction dans les STEM, signifie que le pays perd des talents. Les estimations indiquent d’ailleurs que ce manque de compétences coûte aux entreprises 1,5 milliard de livres sterling par an.
Face à ces écarts, les acteurs du changement appellent à des mesures concrètes. Teach First demande notamment le renouvellement du fonds de programme de 2019 pour développer des ressources scolaires incluant davantage de femmes en STEM. Ils insistent aussi sur l’incitation des enseignants à se positionner dans les zones où les besoins sont les plus criants, afin de ne pas laisser le problème des pénuries d’enseignants aggraver la situation.
Sources
- With half the population unable to name a female scientist, Teach First argues STEMinism matters, teachfirst.org.uk
- A level results 2025, wise.theiet.org
- How might women be reintroduced into the science community they helped create?, Silicon Republic, 2 novembre 2026



