Lanceur d’alerte Theranos alerte sur la facilité de falsifier les capacités en IA
L’ancien employé de Theranos, Tyler Shultz, affirme que les capacités technologiques d’une entreprise peuvent être aisément fabriquées. Cet avertissement prend une résonance particulière dans l’effervescence des valorisations en intelligence artificielle. Selon son intervention auprès du San Francisco Standard, il est aujourd’hui « vraiment difficile de distinguer ce qui est quelque chose de vraiment unique et nouveau de quelque chose qui est juste un emballage ChatGPT ». Cette facilité à simuler des prouesses techniques constitue, selon lui, une opportunité majeure pour ceux qui cherchent à tromper le public et les financeurs.
Le conseil qu’il donne aux investisseurs est sans appel : les jours où une discussion rapide autour d’un café pouvait valider un apport de fonds conséquent, comme cela s’est passé avec Elizabeth Holmes, sont révolus. Shultz rappelle que la négligence dans la vérification des faits, la fameuse due diligence, a permis à Holmes d’accéder à un pouvoir qu’elle ne méritait pas. Le récit de Theranos, déjà connu pour sa fraude scientifique, devient ainsi une mise en garde actuelle sur le risque lié aux startups qui ne génèrent pas encore de bénéfices tout en attirant des capitaux colossaux.
Les freins au signalement dans les laboratoires d’IA
Au-delà des risques de fraude financière, Shultz aborde la question des lanceurs d’alerte au sein des laboratoires d’intelligence artificielle. Il dénonce le caractère excessivement contraignant des accords de non-divulgation (NDAs) que beaucoup de ces travailleurs ont signés. « Les accords de non-divulgation et les accords de non-diffamation que beaucoup de ces employés de la technologie ont signés sont incroyablement lourds et je dirais qu’ils sont probablement illégaux même », déclare-t-il. Il évoque d’ailleurs le contexte actuel, rappelant comment des chercheurs en sécurité chez OpenAI ont vu leurs téléphones scrutés, comme l’a rapporté The Wall Street Journal.
À Theranos, les accords qu’il a dû signer étaient intimidants. Pour contourner ce mur de silence, il a dû utiliser un pseudonyme et une adresse e-mail fictive pour contacter les régulateurs. Il insiste sur le fait que les travailleurs doivent savoir qu’ils peuvent contacter les régulateurs et les avocats ; certains avocats prennent en charge les dossiers de lanceurs d’alerte en contrepartie de succès. Son travail actuel vise à rendre ces ressources plus accessibles.

L’écho du passé sur la nouvelle vague technologique
L’actualité récente d’Elizabeth Holmes, notamment le film You Can See Everything de Nathan Fielder et Lance Oppenheim, a relancé le débat sur la fiabilité des entreprises en croissance rapide. Shultz, qui était scientifique chez Theranos, avait lui-même soulevé des inquiétudes auprès de responsables et d’organismes de régulation avant d’aider un journaliste du Wall Street Journal. Il précise que Holmes est en train de préparer un second acte. Haemanthus, la start-up de tests sanguins dirigée par son partenaire Billy Evans, indique que Holmes n’a aucun rôle dans cette entreprise, selon Fortune.
Il a qualifié le film de « chef-d’œuvre », mais a précisé qu’il ne s’agissait pas d’un documentaire, car il privilégie l’ambiguïté plutôt que la vérité. Il est à noter que peu de lois régissent l’IA, ce qui complique la tâche pour les personnes au sein des entreprises d’IA qui souhaitent dénoncer des pratiques douteuses.
Sources
- AI is easy to fake, Theranos whistleblower Tyler Shultz tells SF Standard, The Next Web, 31 octobre 2026
- Theranos whistleblower Tyler Shultz warns that the AI boom is ‘a great opportunity to go deceive people’, TechCrunch, 30 octobre 2026