Étiquette : Bashar al-Assad

Illustration en collage de papier découpé montrant un clavier d'ordinateur ancien avec des symboles discrets, évoquant une surveillance secrète.

Condamnation d’un hacker syrien pour une vaste conspiration de piratage

Ahmad Umar Agha, connu sous le pseudonyme « Th3Pr0 », vient d’être condamné à 42 mois de prison fédérale. Il est reconnu coupable de son rôle central dans une conspiration de piratage étendue, organisée et dirigée par des membres de l’entourage de l’ancien président syrien Bachar al-Assad, y compris le commandant de la Direction générale de renseignement syrienne. Cette campagne s’est déroulée entre août 2011 et janvier 2014.

Pour diffuser la propagande du régime, Agha a ciblé environ quarante-sept entités occidentales. Parmi elles figuraient des médias, des entreprises, des organisations non gouvernementales (ONG) ainsi que des agences gouvernementales américaines et alliées. Les procureurs estiment que cette conspiration visait à punir la presse libre pour avoir rapporté les atrocités du régime durant le Printemps arabe et la guerre civile qui a suivi.

Les tactiques employées s’inscrivent clairement dans une guerre de l’information. Elles visaient à semer la peur et la confusion chez les opposants au pouvoir syrien, tout en collectant des renseignements pour le gouvernement en place. L’Assistant Attorney General for National Security, John A. Eisenberg, a déclaré que ces attaques constituaient « une agression contre la presse libre et notre sécurité nationale et économique ».

Photographie aérienne d'une ville moderne brumeuse, centrée sur une tour de communication isolée et éclairée.

Le coût de ces intrusions pour les victimes est substantiel. Les documents judiciaires montrent que plusieurs entités ont dû engager des sommes importantes pour réparer les dégâts ou renforcer leur sécurité. Par exemple, une société fournissant des contenus en ligne a subi une perte quotidienne d’environ 35 000 dollars pendant six mois. Une ONG internationale a dû déployer de nouveaux produits de surveillance réseau, ce qui a coûté environ 250 000 dollars, sans compter la formation de plus de 800 collaborateurs, pour un total de pertes s’élevant à 480 000 dollars.

Des cibles allant des médias aux forces armées

Les opérations d’Agha n’étaient pas limitées à la désinformation médiatique. Il a utilisé des tactiques visant à déstabiliser des institutions clés, y compris des éléments militaires américains. Agha a réussi à pénétrer le site de recrutement des Marines américains. Il y a redirigé les visiteurs vers une page affichant une image incitant les militaires à refuser leurs ordres et à combattre aux côtés de l’armée syrienne. Durant cette attaque, environ 3 500 candidats potentiels ont vu cette image à la place du matériel de recrutement officiel.

Des tentatives d’intrusion ont également visé le niveau politique. Agha a tenté, à deux reprises, de prendre le contrôle de la page de médias sociaux de la Maison Blanche en volant les identifiants d’accès des employés. Dans une de ces tentatives, il a réussi à s’introduire et a ensuite cherché à tromper d’autres membres du personnel pour obtenir les accès aux comptes officiels.

Le choc boursier et la manipulation financière

L’un des actes les plus médiatisés de cette campagne fut le piratage d’un compte Twitter d’une agence de presse reconnue. Le 23 avril 2013, Agha y a publié un tweet frauduleux affirmant que le président Obama avait été blessé lors de deux explosions à la Maison Blanche. Cette publication a provoqué un « flash crash » temporaire, entraînant une perte de 136 milliards de dollars dans la valeur des actions composant le Dow Jones Industrial Average.

Agha a par la suite fait étalage de cette réussite. Il a admis dans une interview avec Business Insider que « c’était notre objectif de cette attaque pour que le Dow chute significativement » et que « c’était une grande victoire pour nous ».

La réponse judiciaire et la menace persistante

L’enquête menée par le FBI et le ministère de la Justice a permis de poursuivre Agha après qu’il ait passé plus d’une décennie en fuite. Les représentants des autorités ont insisté sur la gravité de la menace posée par les cybercriminels servant des régimes hostiles aux États-Unis. Le First Assistant U.S. Attorney Theophani K. Stamos a souligné que la protection de l’infrastructure électronique et des marchés financiers est d’une importance capitale.

Le dossier révèle que Agha et son complice, Firas Dardar, ont été inculpés. Dardar, qui demeure en fuite, a été inculpé dans une autre conspiration en septembre 2015. L’indictement initial des deux hommes remonte à juin 2014. Les autorités maintiennent une vigilance constante pour identifier et poursuivre les hackers parrainés par des États qui menacent les institutions américaines.

Sources